Deutsche Tageszeitung - L'art-thérapie comme alternative à "la machine psychiatrique industrielle"

L'art-thérapie comme alternative à "la machine psychiatrique industrielle"


L'art-thérapie comme alternative à "la machine psychiatrique industrielle"
L'art-thérapie comme alternative à "la machine psychiatrique industrielle" / Photo: © AFP

Dans le salon d'un parfait inconnu à Marseille, Yann Klimenko donne un dernier coup de pinceau à sa toile avant d'achever sa séance d'art-thérapie. "C'est plus sympathique qu'un médicament", témoigne le quadragénaire atteint de schizophrénie qui y voit une alternative bienvenue aux soins institutionnels.

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Autour de la table, il y a aussi Sasha* (prénom d'emprunt), 22 ans, pour qui participer à une activité artistique hors les murs d'une institution médicale "fait du bien". Elle comptabilise plus d'une vingtaine de tableaux depuis un an, dont certains décorent les intérieurs de ses proches.

Pour Yann, qui a connu de longues périodes d'internement, sortir, créer et le soutien entre personnes partageant son vécu sont autant d'"avancées dans le prendre soin".

"Je ne suis pas dans un hôpital, dans ce que j'appelle la machine psychiatrique industrielle."

Ce groupe thérapeutique se déroule sous la forme d'"une promenade dans Marseille", explique l'artiste Arnaud Deschin de Beir, qui a fondé l'association Aigle Abeilles, dédiée à l'intégration sociale par les arts plastiques.

Deux fois par mois, ce diplômé des Beaux-Arts formé à l'art-thérapie propose des expositions, des balades architecturales ou de se faire inviter chez des particuliers pour peindre.

Ce jour-là, c'est Cyril Lahlou qui met à disposition son élégant appartement doté d'un jardin luxuriant. "Je trouve intéressant ce partage. Cela permet une meilleure appréhension de la maladie mentale, d'enlever les préjugés", explique le régisseur, enclin à renouveler l'expérience.

La peinture ou tout autre média artistique est utilisé "pour sortir de la marginalité, pour ancrer les patients sur du réel. Le plus important n'est pas le résultat mais tout le processus pour en arriver là", explique l'art-thérapeute qui a choisi cette discipline après avoir été diagnostiqué d'un trouble de déficit de l'attention (TDAH) à 50 ans. L'artiste plasticien regrette d'avoir trop longtemps "erré" sans savoir ce dont il souffrait.

La santé mentale a été déclarée "grande cause nationale" en 2025, permettant de briser un silence autour du sujet. Le gouvernement vient de décider de la prolonger en 2026, les acteurs du secteur réclamant désormais des mesures concrètes.

Dans sa capacité à contourner les limitations du langage verbal, "l'art-thérapie est bénéfique", constate le Dr Jean-Luc Martinez, pédopsychiatre et coordinateur d'une unité d’hospitalisation pour jeunes adultes (18-25 ans) à la clinique des Trois Cyprès en périphérie de Marseille.

- "Pas une fatalité" -

Dans la cité phocéenne, les besoins en psychiatrie "explosent mais les moyens ne suivent pas", selon le syndicat Sud Santé.

La crise de la psychiatrie publique, qui touche l'ensemble du territoire, est "particulièrement aiguë dans les quartiers populaires de la ville, ceux-là mêmes où les inégalités sociales sont les plus marquées et où la précarité pèse lourdement sur la santé mentale des habitants", développe le syndicat.

Les professionnels interrogés constatent l'étiolement de la psychiatrie avec la fermeture de lits, des délais d'accès aux soins qui s'allongent, des structures de proximité saturées ou inexistantes, des agents à bout et in fine "des usagers trop souvent abandonnés à leur détresse".

La ville a connu plusieurs incidents violents impliquant des personnes souffrant de troubles psychiatriques non prises en charge.

"Ce n'est pas une fatalité d'avoir des problèmes psys", affirme Matthieu Saliceti, 25 ans. Dans son studio de musique à Aubagne, l'entrepreneur accueille une fois par semaine de jeunes adultes suivis par la clinique des Trois Cyprès où lui même a séjourné à ses 18 ans. Au programme: écriture de morceaux et enregistrement.

Un fois installée dans la cabine, Zou, 22 ans, exprime sa "violence", son "mal-être dans la société". "Je me sens libre. C'est plus simple de partager un texte que de parler à mon psychiatre" et "la santé mentale ne se guérit pas qu'avec les médicaments", ajoute l'étudiante.

L'institution défend "une psychiatrie tournée vers l'extérieur pour aider les jeunes à retrouver le goût du monde qui les entoure et à reprendre confiance en eux", détaille Céline Giner, éducatrice qui accompagne le groupe.

L'autre enjeu est de prévenir les hospitalisations à répétition.

(N.Loginovsky--DTZ)

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