Deutsche Tageszeitung - Tour d'Espagne: Enric Mas, la revanche du mal-aimé

Tour d'Espagne: Enric Mas, la revanche du mal-aimé


Tour d'Espagne: Enric Mas, la revanche du mal-aimé
Tour d'Espagne: Enric Mas, la revanche du mal-aimé / Photo: © AFP

Mal-aimé dans son propre pays, Enric Mas a pris une revanche éclatante en remportant le Tour d'Espagne dimanche à Grenade, la première victoire pour un Espagnol dans un grand Tour depuis Alberto Contador au Giro en 2015.

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A 31 ans, le Majorquin au visage émacié a accompli son plus grand exploit à un moment où plus grand-monde ne pensait qu'il était encore capable de jouer un rôle dans une course de trois semaines.

Ancien grand espoir, trois fois deuxième de la Vuelta, en 2018, 2021 et 2022, encore troisième il y a trois ans, le grimpeur de Movistar était rentré dans le rang au fil d'une carrière sinusoïdale marquée par plusieurs grosses chutes, un blocage dans les descentes et une thrombose veineuse nécessitant une opération.

Son improbable avènement n'en est que plus spectaculaire et c'est bras dessus-bras dessous avec ses coéquipiers qu'il a franchi, maillot rouge sur les épaules, la ligne finale lors de la 21e et dernière étape remportée par le Norvégien Tobias Johannessen à Grenade.

"Je savais que j'allais être fort avant même que ça commence. Et tout s'est déroulé à la perfection. C'est un rêve qui se réalise", avait-il dit dès samedi.

Mas remporte une 81e édition promise à Tadej Pogacar avant que le Slovène n'abandonne sur chute lors de la 8e étape, laissant le maillot rouge à l'Espagnol qui ne l'a plus jamais cédé.

- Réputation -

Il s'impose avec 2:15 d'avance sur Primoz Roglic, qui à 36 ans a raté son pari de gagner une cinquième Vuelta record, et 2:44 sur Felix Gall, dont c'est le deuxième podium cette année sur un grand Tour après sa deuxième place sur le Giro en mai.

Outre l'abandon de Pogacar, Mas a profité de l'absence des autres grands fauves. Le vainqueur sortant Jonas Vingegaard, Remco Evenepoel, Isaac Del Toro ou Paul Seixas ont tous fait l'impasse sur le troisième grand Tour en termes d'importance, marqué cette année aussi par les cinq victoires d'étape du Britannique de Visma-Lease a bike Matthew Brennan.

Mais sa victoire ne doit rien à personne et il a impressionné par sa maîtrise et ses jambes de feu – "je ne l'avais encore jamais vu aussi fort", l'a félicité Alejandro Valverde, vainqueur en 2009 et aujourd'hui sélectionneur de l'Espagne.

Au fil des étapes, Mas a réussi à retourner l'opinion publique qui lui a longtemps accolé une étiquette de loser, conforme à la réputation de son équipe Movistar, souvent brocardée pour ses choix stratégiques baroques.

- "Un exemple" -

Sa personnalité discrète voire austère, son physique d'oiseau déplumé, son attentisme – 7 victoires seulement – ainsi que ses échecs au Tour de France, où il reste sur trois abandons, n'ont rien fait pour faire grimper sa cote d'amour dans un pays biberonné aux exploits du fougueux Contador, dernier vainqueur espagnol de la Vuelta, en 2014.

"La presse a été particulièrement dure avec lui ces deux dernières années lorsque ses performances étaient en retrait à cause de chutes et de son opération" pour soigner sa phlébite, a déclaré son directeur sportif José Joaquin Rojas pendant cette Vuelta à la chaîne TVE.

"Avec toutes ces critiques, beaucoup d'athlètes auraient dit: j'arrête tout. Au dernier Giro, il a même été remis en question par sa propre équipe. Mais Enric a continué. Il a su se réinventer pour offrir la meilleure version de lui-même. C'est un exemple", a abondé Alberto Contador qui avait participé à l'éclosion du Majorquin en l'accueillant dans sa fondation avant qu'il ne passe pro.

"Je savais qu'il avait la classe et le talent, a expliqué Contador au quotidien As. Il s'est illustré très vite en prenant la deuxième place de la Vuelta en 2018. Après, il n'a pas su finir le travail et ainsi va le sport: si vous ne gagnez pas, on a l'impression que vous ne valez rien. En remportant cette Vuelta, le cyclisme rend justice à Enric Mas."

(L.Barsayjeva--DTZ)

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