Indonésie : les habitants de Pontianak suffoquent sous la fumée des incendies
"J'ai les yeux qui piquent et mal à la tête" : comme Anggita Putri, les habitants de Pontianak peinent de plus en plus à respirer dans la fumée âcre et nauséabonde des incendies de forêt, qui continuent de ravager l'île de Bornéo.
L'Indonésie déploie depuis des semaines des équipes terrestres et aériennes pour lutter contre les feux, qui dévastent certaines régions de Bornéo et de Sumatra, mais aussi de Papouasie, provoquant un épais brouillard de fumée dans le pays, ainsi qu'en Malaisie et à Singapour voisins.
"La situation a empiré au cours de la semaine écoulée", confie Mme Anggita. "Quand je travaille, je ressens une oppression dans le thorax, des vertiges et une sensation de brûlure aux yeux. Même avec cet air malsain, nous sommes obligés de travailler", déplore cette femme de 28 ans.
L'indice de la qualité de l'air dans la ville s'est fortement dégradé au cours du week-end, atteignant près de quatre fois le seuil de dangerosité, souligne-t-elle.
"Je laisse mon enfant à la maison. J'ai donc forcément des inquiétudes qui vont au-delà de ma propre santé. Je me soucie aussi de son état", ajoute-t-elle, évoquant son fils de trois ans.
Djunita Permata Indah, autre habitante de Pontianak, est également préoccupée pour ses deux enfants, âgés de deux et quatre ans, du fait de l'aggravation de la pollution atmosphérique.
"La situation est assez grave. Je m'inquiète pour leur santé. Même en tant qu'adulte, j'ai mal à la tête et je me sens prise de vertiges à cause de l'air chargé de fumée", déclare cette enseignante de 35 ans à l'AFP.
"Mais les parents doivent tout de même travailler. Les enfants sont donc contraints de continuer à aller à la garderie, où ils restent exposés à la fumée, qui a déjà commencé à pénétrer dans le bâtiment", déplore-t-elle.
La pluie, tombée brièvement mardi, n'a pas beaucoup aidé et n'a fait qu'intensifier l'épaisse fumée, assure encore la mère de famille.
- 113.000 cas d'infection -
Le ministère de la Santé a annoncé la semaine dernière que plus de 113.000 cas d'infection des voies respiratoires supérieures avaient été recensés dans sept provinces, depuis que les feux de forêt et de tourbe ont débuté cette année.
Les autorités locales indiquent avoir intensifié leurs efforts pour maîtriser le voile de pollution, notamment par le largage d'eau, ainsi que l'ensemencement des nuages afin de déclencher la pluie.
L'Indonésie connaît régulièrement de tels incendies durant la saison sèche, qui s'étend généralement de juillet à octobre. Mais ils sont plus intenses cette année, en partie du fait d'un épisode marqué du phénomène météorologique El Niño.
Plus de 202.000 hectares de terres ont brûlé à travers le pays entre janvier et juillet, selon les chiffres les plus récents du gouvernement.
L'Atlas Nusantara, plate-forme qui documente notamment les feux de forêt, évalue de son côté à 300.000 hectares la superficie brûlée pour cette même période, un chiffre qui monte à 895.657 hectares avec le mois d'août inclus.
Le président Prabowo Subianto a promis de s'en prendre aux entreprises reconnues responsables d'incendies.
"S'il est clairement établi qu'elles sont responsables, nous devons révoquer tous leurs permis", a-t-il déclaré mercredi à Jakarta.
"Et si nécessaire, même après la révocation de leurs permis, nous continuerons à enquêter sur d'éventuels aspects criminels. Désormais, il n'y aura aucune clémence".
Pour de nombreuses habitants de Kalimantan, la fumée toxique affecte non seulement leur santé, mais menace aussi leurs moyens de subsistance.
Desia, une vendeuse de snacks qui, comme de nombreux Indonésiens, ne porte qu'un seul nom, déclare avoir cessé son activité il y a deux semaines car elle ne supportait pas de rester longtemps à l'extérieur.
"C'est comme si nous respirions des toxines chaque jour", se lamente-t-elle.
"Désormais, j'espère simplement qu'il pleuve. J'ai cessé d'attendre quoi que ce soit du gouvernement", ajoute-t-elle.
(L.Svenson--DTZ)