Deutsche Tageszeitung - Fidji: "Rambo" Rabuka, le retour comme Premier ministre

Fidji: "Rambo" Rabuka, le retour comme Premier ministre


Fidji: "Rambo" Rabuka, le retour comme Premier ministre
Fidji: "Rambo" Rabuka, le retour comme Premier ministre / Photo: © AFP

Surnommé "Rambo", le chef de l'opposition Sitiveni Rabuka a été confirmé samedi au poste de Premier ministre des îles Fidji, après avoir accusé le gouvernement sortant d'alimenter "la peur et le chaos" pour faire échouer son retour au pouvoir.

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L'ancien homme fort de l'armée de 74 ans l'a emporté sur le Premier ministre sortant Frank Bainimarama par 28 voix contre 27 lors d'un vote secret au Parlement, a indiqué le président de la Chambre, Naiqama Lalabalavu.

L'ex-Premier ministre, deux fois putschiste, remplace ainsi M. Bainimarama, qui avait renversé le gouvernement lors d'un coup d'Etat militaire en 2006.

A sa sortie du Parlement avant d'être officiellement assermenté par le Président, M. Rabuka a déclaré qu'il se sentait "humble" d'être le prochain Premier ministre des Fidji. M. Bainimarama a quitté le Parlement en souriant, semblant accepter sa défaite, en déclarant aux journalistes: "C'est la démocratie".

Un concert de voitures a retenti en signe de célébration devant le bâtiment du Parlement dans la capitale, Suva.

Dans un communiqué, le président américain Joe Biden a salué samedi le retour au pouvoir de "Rambo" et appelé à "un renforcement" des liens entre les Etats-Unis et l'archipel du Pacifique. "Dans les années à venir, j'ai hâte de continuer à renforcer les liens entre nos populations et à concrétiser notre vision partagée d'une région indo-pacifique paisible et prospère", a déclaré le président américain, en évoquant la zone Asie-Pacifique.

L'ambassadeur de l'Union européenne pour le Pacifique, Sujiro Seam, a aussi adressé ses félicitations à M. Rabuka sur Twitter.

- Violences intestines -

Les Fidji sont l'une des nations insulaires du Pacifique les plus peuplées et les plus prospères. Le pays regroupe plus de 300 îles du Pacifique.

Le pays s'est rapproché de la Chine sous le règne de Bainimarama. Son successeur a laissé entendre qu'il reviendrait plutôt à ses alliés traditionnels et voisins, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

L'armée avait été déployée dans les rues de Suva, à la suite d'élections générales bloquées.

Citant des rapports non confirmés de violence ethnique, M. Bainimarama avait déclaré que l'armée était nécessaire pour maintenir "la loi et l'ordre".

Mais M. Rabuka avait jugé que le gouvernement sortant "semait la peur et le chaos" et "essayait d'embraser la nation en fonction de critères raciaux".

Les Fidji ont connu des épisodes de violences intestines par le passé.

De nombreux Fidjiens craignent que les allégations de violence ethnique du gouvernement sortant et le déploiement de l'armée ne servent de prétexte à un "coup d'Etat rampant" destiné à maintenir M. Rabuka dans l'opposition.

En vertu de la Constitution fidjienne, l'armée dispose de larges pouvoirs pour intervenir dans la sphère politique et a été impliquée dans quatre coups d'Etat au cours des 35 dernières années.

Sans être un autocrate pur et dur, M. Bainimarama a fréquemment utilisé le système judiciaire pour écarter les opposants, faire taire les critiques et museler les médias. Il était à la tête des Fidji depuis 16 ans.

M. Rabuka a été Premier ministre des Fidji entre 1992 et 1999. Il a mené deux coups d'Etat militaires en 1987, qui visaient à accroître l'influence politique des Fidjiens indigènes, représentant environ 60% des 900.000 habitants du pays. Il a été longtemps considéré avec suspicion par l'importante minorité ethnique indienne du pays, qui a été encore plus marginalisée par la suite.

L'arrivée du vice-Premier ministre Biman Prasad, un proche allié politique, contribue à adoucir son image.

Ancien international fidjien de rugby, M. Rabuka a réussi à conclure un accord de coalition avec le parti social-démocrate pour former le gouvernement vendredi après-midi.

Il pourrait cependant avoir des difficultés à tenir sa coalition qui ne dispose que de 29 sièges sur 55 au parlement, dont 28 seulement ont voté pour lui lors du scrutin secret.

(P.Vasilyevsky--DTZ)

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