Deutsche Tageszeitung - En voulant effacer le dinar, le Kosovo parie gros

En voulant effacer le dinar, le Kosovo parie gros


En voulant effacer le dinar, le Kosovo parie gros
En voulant effacer le dinar, le Kosovo parie gros / Photo: © AFP

En voulant interdire dès jeudi les transactions en dinar serbe, le Kosovo - où l'euro est la monnaie officielle - prend le risque d'une nouvelle crise avec la Serbie, et de nouvelles admonestations des Occidentaux qui y voient une provocation inutile.

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Selon la nouvelle règlementation qui doit entrer en vigueur le 1e février à minuit, "la seule monnaie acceptée pour les paiements en espèce ou les transactions au Kosovo est l'euro".

A la fin de la guerre, en 1999, le Kosovo, alors province serbe, avait choisi le Deutschmark comme monnaie - le dinar yougoslave étant en train de disparaître. En 2002, lorsque l'Allemagne est passé à l'euro, le Kosovo a suivi et en fait sa monnaie nationale de facto - aucun accord n'existe avec l'UE.

Le dinar serbe était cependant toléré dans les zones majoritairement serbes, et son interdiction risque de raviver les tensions dans ces villes et villages où nombreux sont ceux qui travaillent ou ont travaillé pour les institutions serbes, et dont les salaires ou retraites sont donc payés en dinars.

Belgrade, qui n'a jamais reconnu l'indépendance du Kosovo, proclamée en 2008, y soutient la communauté serbe, estimée à 120.000 personnes, via des emplois où des aides financières. Le budget de la Serbie prévoit chaque année environ 120 millions d’euros pour le Kosovo.

- Sabotage ? -

Pour le journaliste et commentateur politique serbe Bosko Jaksic, ce sont les Serbes du Kosovo "qui vont souffrir le plus".

"Cela ressemble, selon moi, à une volonté du [Premier ministre kosovar] Albin Kurti de saboter le processus de négociation, qui semblait en bonne voie", explique-t-il à l'AFP. "Les conséquences diplomatiques et politiques (d'une telle décision) seront bien plus graves que les conséquences monétaires".

Plusieurs gouvernements occidentaux ont d'ailleurs déjà fustigé la décision de Pristina, et mis en garde contre un nouvel accès de fièvre.

"Nous sommes préoccupés par l'impact de la règlementation en particulier sur les écoles et les hôpitaux, pour lesquels aucun processus alternatif ne semble viable pour le moment", ont écrit les ambassadeurs de France, d'Allemagne, de Grande-Bretagne, d'Italie et des Etats-Unis dans une communiqué commun samedi.

"La règlementation aura également un impact direct sur la vie quotidienne de l'écrasante majorité des Serbes du Kosovo qui reçoivent des versements (et une) aide financière en provenance de la Serbie", ajoutent les ambassadeurs, en appelant à une "suspension de l'entrée en vigueur de la règlementation pour permettre une période suffisamment longue de transition et à une communication publique claire et efficace".

Mais personne a Pristina ne donne l'impression de vouloir reculer. Les autorités kosovares ont présenté cette nouvelle règlementation comme un moyen de lutter contre la corruption, le blanchiment d'argent et la fausse monnaie.

Le vice-Premier ministre, Besnik Bislimi, a expliqué que cela permettrait de mettre un terme au flux d'argent non réglementé en provenance de Serbie, affirmant que "l'argent continue de traverser les frontières dans des sacs de voyage, puis d'être distribué par des bureaux non enregistrés et sans licence".

Le gouvernement serbe y voit seulement une provocation qui ferait probablement dérailler les négociations visant à normaliser les relations entre Belgrade et le Kosovo "une fois pour toutes".

L'année 2023 a déjà été marquée par des pics de tensions entre la Serbie et le Kosovo. Au printemps, l'élection de maires albanais dans les zones serbes avec 3% de participations avait conduit à des manifestations dans lesquelles des soldats de l'OTAN ont été blessés.

En septembre, la mort d'un policier kosovar et la découverte d'un commando sur-armé composé de Serbes avait encore une fois fait craindre une escalade violente.

En attendant le 1e février, le plus grand parti serbe du Kosovo, la Liste serbe, a averti que l'interdiction du dinar risquait de mettre en danger "la survie physique du peuple serbe".

(G.Khurtin--DTZ)

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