Deutsche Tageszeitung - Venezuela : le gouvernement vante une amnistie "décisive", les concernés s'impatientent

Venezuela : le gouvernement vante une amnistie "décisive", les concernés s'impatientent


Venezuela : le gouvernement vante une amnistie "décisive", les concernés s'impatientent

Le gouvernement vénézuélien a affirmé vendredi que la loi d'amnistie promulguée la veille et susceptible de conduire à la libération de centaines de prisonniers politiques était "décisive" pour "la stabilité de la nation" mais les experts avertissent qu'elle exclut de nombreux détenus et les proches de personnes captives s'impatientent.

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Cette loi a été promise sous la pression des Etats-Unis par la présidente par intérim Delcy Rodriguez qui a pris les rênes du pouvoir après la capture du président Nicolas Maduro au cours d'une opération militaire américaine le 3 janvier.

D'après l'ONG Foro Penal, 448 prisonniers politiques sont sortis de cellule depuis l'annonce de libérations conditionnelles par le gouvernement intérimaire début janvier mais près de 650 autres croupissent toujours en prison.

Plusieurs experts mettent néanmoins en doute la portée de la loi d'amnistie votée jeudi à l'Assemblée : des centaines de détenus, tels que des policiers et des militaires impliqués dans des activités qualifiées de "terroristes", pourraient en être exclus.

"Nous sommes nombreux à savoir que la loi d'amnistie ne concerne pas nos proches", témoigne auprès de l'AFP Hiowanka Avila, 39 ans. Son frère Henryberth Rivas, 30 ans, a été arrêté en 2018, accusé d'avoir participé à une tentative d'assassinat de Nicolas Maduro.

"Il ne nous reste qu'à attendre une autre mesure, une grâce peut-être", déplore-t-elle devant la prison Rodeo 1, à une quarantaine de kilomètres de Caracas, où de nombreux détenus sont des militaires ou des policiers.

- "Il nous faut des actes" -

Cette loi est "un signal de maturité et de force politique, qui constitue une étape décisive pour la stabilité de la nation", a quant à lui salué vendredi le ministre de la Défense, Vladimir Padrino, dans un communiqué.

L'approbation de l'amnistie "a été un acte de grandeur", avait dit quelques heures plus tôt Delcy Rodriguez. "Il faut savoir demander pardon et il faut aussi savoir recevoir le pardon", a-t-elle affirmé.

Elle fait partie de la dizaine de femmes qui avaient entamé à cet endroit une grève de la faim le 14 février, une action qu'elle a arrêtée juste après l'adoption de l'amnistie jeudi soir.

Des familles se sont installées devant les prisons vénézuéliennes à partir du 8 janvier, lorsque le gouvernement intérimaire a annoncé un processus de libérations qui interviennent depuis lors au compte-gouttes.

Vendredi, le directeur de Foro Penal, Alfredo Romero, a relevé en conférence de presse que l'amnistie n'était "pas automatique", critiquant la procédure à suivre en justice pour pouvoir en bénéficier.

"Le bilan de la loi est négatif" parce qu'elle laisse beaucoup de gens de côté, juge Ali Daniels, le directeur de l'ONG Acceso a la Justicia, qui met en exergue de "graves déficiences structurelles".

L'amnistie ne couvre pas entièrement la période 1999-2026, celle des présidences de feu Hugo Chavez (1999-2013) et de son successeur Nicolas Maduro.

Le projet de loi avait fait l'objet d'une consultation publique, qui a inclus des juristes et des familles de prisonniers politiques, et de négociations avec le petit groupe parlementaire d'opposition à l'Assemblée.

- "Liberté pleine et entière" -

L'opposant Juan Pablo Guanipa, libéré le 8 février après neuf mois de détention pour "conspiration" puis à nouveau arrêté quelques heures plus tard, a annoncé vendredi être libre pour de bon.

Allié de la cheffe de l'opposition et prix Nobel de la paix Maria Corina Machado, il se trouvait jusque-là en résidence surveillée.

Il a obtenu sa "liberté pleine et entière" après la promulgation de la loi et a aussitôt de nouveau réclamé des élections, devant ses sympathisants réunis à Maracaibo, la deuxième ville du pays.

"Nous allons tous nous battre pour que ce qui vient de commencer devienne une réalité et que nous ayons la démocratie, la liberté pour tous et à égalité, que vive le Venezuela libre !", a-t-il lancé dans un mégaphone.

D'Espagne, où il est en exil, Edmundo Gonzalez Urrutia, le candidat de l'opposition qui revendique la victoire à la présidentielle de 2024, a pour sa part estimé qu'il n'y aurait "pas de réconciliation durable sans mémoire et sans responsabilité".

L'amnistie est l'une des mesures portées par Delcy Rodriguez, qui gouverne sous pression américaine depuis son arrivée au pouvoir, tout comme une plus grande ouverture pétrolière et un revirement dans les relations avec les États-Unis, rompues depuis 2019.

Après cette amnistie qui "va dans le bon sens", Madrid demandera à l'Union européenne de lever les sanctions pesant sur la présidente vénézuélienne par intérim, a annoncé vendredi le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, qualifiant la loi de "très bonne nouvelle".

(W.Uljanov--DTZ)

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