Deutsche Tageszeitung - Un Franco-Canadien remporte un grand prix scientifique pour un traitement contre le cancer

Un Franco-Canadien remporte un grand prix scientifique pour un traitement contre le cancer


Un Franco-Canadien remporte un grand prix scientifique pour un traitement contre le cancer
Un Franco-Canadien remporte un grand prix scientifique pour un traitement contre le cancer / Photo: © AFP

Lorsque Michel Sadelain a commencé ses recherches pour programmer des cellules du système immunitaire à combattre le cancer, beaucoup de collègues sceptiques ont tenté de le décourager, jusqu'à sa propre mère, inquiète pour sa carrière.

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Mais jeudi, ce chercheur canadien et français a remporté un prestigieux prix scientifique, le Breakthrough Prize, pour son travail ayant permis de développer une nouvelle forme de thérapie appelée CAR-T, très efficace contre certains cancers du sang.

"Vous n'imaginez pas le nombre de fois où j'ai entendu que cela ne marcherait pas, et que même si cela marchait, cela n'avait aucun avenir", a dit à l'AFP cet immunologiste de 63 ans.

Résultat: certaines bourses lui échappent, les promotions deviennent incertaines, et les étudiants évitent pour la plupart son laboratoire.

"Il faut que j'organise une grande fête pour remercier tous ceux qui ont contribué à réaliser ce concept", rit aujourd'hui le chercheur, qui partagera 3 millions de dollars avec l'Américain Carl June, immunologiste ayant également travaillé sur le sujet de son côté.

Le Breakthrough Prize, surnommé les "Oscars de la science", a été lancé par des entrepreneurs de la Silicon Valley au début des années 2010 pour récompenser des percées ("breakthrough" en anglais) en recherche fondamentale. En décernant plus de 15 millions de dollars au total, c'est le prix scientifique le mieux doté, devant les Nobel.

- Médicament "vivant" -

Michel Sadelain a étudié la médecine à Paris, puis l'immunologie au Canada, avant de prendre un poste de chercheur postdoctorant au Massachusetts Institute of Technology (MIT) en 1989.

A l'époque, l'idée de développer des vaccins contre le cancer, comme il existe des vaccins visant des bactéries et virus, suscite beaucoup d'intérêt.

"Mais j'ai commencé à penser que nous devrions peut-être directement programmer les combattants de notre système immunitaire, en particulier les lymphocytes T", explique-t-il. Son travail commence d'abord sur des souris.

Après avoir rejoint le Memorial Sloan Kettering Cancer Center à New York, il développe un moyen - à l'aide de vecteurs d'origine virale - de reprogrammer génétiquement les lymphocytes T humains. Ces derniers acquièrent alors des récepteurs capables de reconnaître et combattre les cellules cancéreuses.

Ces récepteurs, qu'il nomme récepteurs d'antigènes chimériques (CAR en anglais), ordonnent également aux lymphocytes T de se multiplier, afin de grossir les rangs de l'armée de petits soldats nécessaires pour combattre la maladie.

Grâce aux travaux de Michel Sadelain et Carl June, une demi-douzaine de thérapies utilisant cette méthode sont approuvées aux Etats-Unis, et des centaines d'autres essais cliniques sont en cours.

Les lymphocytes T du patient sont d'abord collectés, modifiés à l'extérieur du corps, puis réinjectés dans le sang, devenant alors des "médicaments vivants".

Lors d'un essai clinique récent contre un type de cancer appelé myélome multiple, 28% des patients ont vu la maladie disparaître après avoir reçu ce traitement. Parmi eux, 12 mois plus tard, 65% n'avaient pas rechuté.

- Prix élevé -

Le traitement peut avoir de graves effets secondaires liés au déclenchement d'une réaction inflammatoire, qui a pu dans certains cas provoquer la mort. Mais les médecins ont appris à reconnaître et contenir cet effet.

Des effets neurologiques, comme une grande confusion ou une incapacité à parler peuvent aussi survenir, même ci ceux-ci disparaissent en quelques jours.

Michel Sadelain reste enthousiaste quant à l'avenir de cette thérapie, qui pourrait à l'avenir être employée contre d'autres cancers, des maladies auto-immunes, ou les infections réfractaires comme le VIH, selon lui.

Mais il reconnaît qu'une autre amélioration est nécessaire: son prix élevé, aujourd'hui plus de 500.000 dollars. Aux Etats-Unis comme en Europe, les assurances prennent en charge le plus gros de l'addition.

"Les chercheurs étaient atterrés quand ils ont vu le montant facturé pour les toutes premières thérapies", a-t-il dit. "Le prix doit baisser." Il s'attend à ce que cela soit le cas à mesure que l'industrie pharmaceutique améliore ses procédés, et grâce à de nouvelles innovations scientifiques sur la production et la qualité des lymphocytes T à récepteur antigénique chimérique (ou CAR-T).

Son propre laboratoire s'apprête par exemple à publier une étude montrant qu'un nouveau modèle permet de réduire le nombre de lymphocytes nécessaires pour un traitement.

D'autres chercheurs étudient la production des cellules CAR-T à partir de cellules souches, ce qui pourrait se révéler moins cher.

(M.Travkina--DTZ)

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